Cour d’assises : le procès de l’expédition sanglante des frères Malbrouck

Le procès des frères Malbrouck, impliqués dans l'assassinat de Brice Hibon Henriette, s’ouvre ce matin, et pour trois jours, devant la cour d'assises de Saint-Denis. Patrick Malbrouck est poursuivi pour avoir exécuté le rival de son frère Antony, en mars 2023 à Saint-André. Ce dernier est jugé pour complicité d'assassinat. Récit d'un implacable règlement de comptes.
Le choc d'une collision puis trois coups de feu qui claquent en pleine rue et en plein jour... Un homme qui s'effondre. L'expédition punitive du 11 mars 2023, qui a conduit à l'exécution de Brice Hibon Henriette à Saint-André, est digne d'un film noir. Une camionnette Citroën Berlingo blanche, avec deux hommes à bord, file dans la rue Bois Rouge. Il est très précisément 13h46 et 8 secondes quand le conducteur de l'utilitaire donne un vif coup de volant pour venir percuter de plein fouet le scooter Yamaha TMAX circulant en sens inverse. Le choc est d'une redoutable violence.
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Le pilote du deux-roues est éjecté. Il gît sur le sol après avoir été projeté contre le portail d'une habitation. Un témoin de la scène croit d'abord à une malheureuse collision et il s'apprête à porter secours à la victime. Mais il se ravise quand il aperçoit un des deux hommes descendus de la camionnette accidentée, debout face à la victime, un fusil à la main. Tout se joue alors en un moins d'une minute. Le tireur lève et baisse mécaniquement le canon de son arme en direction du pilote renversé. En un éclair et à trois reprises, de 13h46 et 54 secondes à 13h46 et 58 secondes, il ouvre le feu de manière cadencée. C’est ce que montre une vidéo qui a immortalisé la mise à mort de la victime.
La piste du règlement de comptes

Puis, le tireur et son acolyte abandonnent leur véhicule sur place. Ils s’éloignent tranquillement de la scène de crime à pied avant de prendre leurs jambes à leur cou, un peu plus loin. Tout de suite, des témoins identifient l'homme resté à terre. Le pilote du TMAX, qui a été percuté puis achevé à coups de fusil, est un certain Brice Hibon Henriette, 26 ans, petit caïd de Cambuston réputé violent et sous l'effet de la cocaïne au moment des faits.
Peu après l'arrivée de la police, le nom des suspects est déjà sur toutes les lèvres. Et la piste du règlement de comptes est un secret de polichinelle. Il s'agit des fils d'une famille, bien connue elle aussi dans le quartier de Cambuston. Les frères Malbrouck semblaient pourtant rangés des voitures depuis quelques années. Reste alors à déterminer comment le drame s'est noué et pourquoi Patrick Malbrouck, flanqué de son plus jeune frère Antony, en sont arrivés à éliminer un rival sans autre forme de procès.
Premier round devant le collège Cambuston
Recherchés, les deux fugitifs se rendent finalement à la police en fin d'après-midi. Au cours de leur garde à vue, Patrick et Antony Malbrouck racontent que tout est parti d'une violente altercation entre ce dernier et la victime aux environs de midi. Lors de ce premier épisode, Brice Hibon Henriette aurait menacé de tuer Antony Malbrouck avec une arme de poing à proximité du collège Cambuston.
Pour vérifier leurs dires, les policiers saisissent les images de vidéo-surveillance de l'établissement scolaire. La voiture de Antony Malbrouck est effectivement stationnée à proximité quand il est rejoint par Brice Hibon Henriette à scooter. Devant la caméra, celui-ci apparaît agressif, faisant de grands gestes. Il semble chercher à récupérer un objet sous la selle de son deux-roues avant de porter un coup de poing au visage d'Antony Malbrouck. Tandis que ce dernier quitte les lieux, Brice Hibon Henriette le prend un moment en chasse, toujours en portant une main sous sa selle. S'agit-il d'un pistolet comme le prétend Antony Malbrouck ? Les images ne permettent pas de le vérifier.
« Je n’ai pas le choix, je vais devoir le tuer »
Les contours du différend qui oppose les deux hommes sont tout aussi flous. Il est question de racket mais aussi d'une vieille querelle qui remonte à plus d'une dizaine d'années en arrière. “Une histoire de chevalière” à ce qu'il paraît. Antony Malbrouck prétend en tout cas que son rival lui aurait dit en s'éloignant du collège : “Je n'ai pas le choix, je vais devoir te tuer.” Redoutant sa vengeance, Antony Malbrouck appelle son grand frère à la rescousse dans la foulée.
Gros bosseur impliqué dans la vie de son association “Insertion pour mieux vivre à Cambuston”, Patrick Malbrouck, 46 ans, n'a plus fait parler de lui depuis une douzaine d'années. Très protecteur à l'égard de son frère de 40 ans, victime d'un infarctus une semaine plus tôt, le quadragénaire réagit à chaud en employant les grands moyens. Il passe chez son frère dans l'idée de mettre la main sur Brice Hibon. Il en profite pour s'emparer d'un fusil stocké là depuis plusieurs années.
Pour que “la peur s'arrête”
Patrick Malbrouck, flanqué de son frère, part à la recherche de Brice Hibon Henriette à bord d'un Berlingo de son association, pensant jouer de l'effet de surprise. Il justifie la présence du fusil par la dangerosité présumée de la victime à laquelle plusieurs témoins font d'ailleurs écho au cours de l'enquête. Patrick Malbrouck reconnaît avoir souhaité la mort de Brice Hibon Henriette pour que “la peur (Ndlr : de son frère) s'arrête”.
Alors que les deux frères sillonnent les rues de Cambuston, la tension monte dans l'habitacle. Quand Antony Malbrouck aperçoit la Yamaha TMAX, il lâche le prénom de “Brice”. Sans l'ombre d'une hésitation, Patrick Malbrouck braque son volant pour le renverser. On connaît la suite... Polytraumatisé au niveau des membres inférieurs suite à la collision, la victime est achevée sur le champ, percutée par les projectiles de trois cartouches de chevrotine. Traumatisme cervicaux, abdominaux et thoraciques... Le médecin-légiste conclut à “un décès quasi immédiat”.
A compter de ce matin et jusqu’à mardi prochain, les frères Malbrouck seront côte à côte dans le box de la cour d’assises. L'aîné y répondra du chef d'assassinat et son cadet de complicité pour l'avoir assisté dans la préparation du crime, même s'il est resté plutôt passif au fil de l'expédition punitive. Ils encourent tous deux la réclusion criminelle à perpétuité.


